ÉTIENNE SMITH ET LE TÉMOIGNAGE QUI N’AVAIT PAS ÉTÉ LU

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Par Arthur L. White

Voici l’histoire d`Etienne Smith telle qu’on la trouve dans les récits des premiers jours de l’histoire du Mouvement, conservés dans la chambre forte où se trouvent les écrits d’Ellen G. White. Le nom de ce frère est cité avec sa permission.

En 1850, Etienne Smith, un homme d’âge mûr, accepta le message du troisième ange. Il aimait la vérité du Sabbat et était heureux de faire partie du Mouvement adventiste. Sa femme et ses enfants aimaient aussi cette vérité. Ils vivaient dans les environs de Washington, New-Hampshire, où les premiers adventistes commencèrent en 1844, à garder le Sabbat. Il ne fallut pas longtemps à frère Smith pour se décider à payer la dîme et à consacrer ses forces à la proclamation de sa nouvelle foi.

A cette époque, comme de nos jours, des voix discordantes se faisaient entendre. D’aucuns prétendaient posséder de “nouvelles lumières”. Etienne Smith fut vite gagné à certaines vues concernant un retour “spirituel” du Christ, et il commença à les défendre avec zèle. S’étant détourné des points fondamentaux du message, il usa de son influence pour miner la confiance dans les dirigeants du Mouvement, et critiquer spécialement frère et sœur White.

Nous le retrouvons, fin octobre 1851, à une réunion des croyants, tenue à Washington, New-Hampshire où étaient rassemblées vingt-cinq personnes, venues d’autres Etats. Frère et sœur White étaient aussi présents. Etienne Smith multiplia ses critiques et mettait tout son zèle à répandre ses idées extravagantes. Vers la fin du Sabbat, Mme White eut une vision, et ce qui se passait là lui fut révélé. Elle dit alors franchement aux frères ce qui lui avait été montré. Le rapport qui en fut fait à ce moment-là dit entre autres choses : « La vision produisit un effet merveilleux. Tous manifestaient leur foi dans les visions, sauf frère …, et Etienne Smith. » Avant que se termine la réunion, le groupe refusa de donner la main d’association à ce dernier à cause de ses vues discordantes. Cependant, l’année suivante, après un semblant de retour à la raison et une confession de ses erreurs, il réintégra l’Eglise, mais pas pour longtemps.

Etant convaincu de plus en plus de la vérité du Sabbat, mais toujours opposé aux visions, ce pauvre M. Smith se joignit au petit groupe dont chacun des membres prétendait avoir de “nouvelles lumières”. Pour lui, l’Esprit de prophétie n’était pas nécessaire. Ses sympathies allèrent d’abord à ces gens jusqu’à ce que leur petit groupe finît par disparaître. Il crut à la venue du Christ pour 1854, fut un adepte du “Marion Party”. Ennemi de toute organisation, rejetant l’enseignement concernant le sanctuaire et refusant l’Esprit de prophétie. La nature de ces vues discordantes fut nettement reconnue par l’Eglise à mesure que le Seigneur en faisait comprendre la véritable signification, grâce aux visions de Mme White. Mais M. Smith ne comprenait pas l’importance de ces avertissements et de ces conseils.

Toutefois, le Seigneur aimait cet homme. Alors qu’il était dans cet état, une vision fut donnée à Mme White pour lui signaler les dangers qu’il courait, lui montrer les résultats de sa manière d’agir, mais l’assurant que Dieu le recevrait s’il se repentait. Elle lui écrivit pour lui faire part de ce qui lui avait été révélé, et termina sa lettre par un appel à se détourner de ses erreurs et à marcher avec le peuple de Dieu. A ce moment-là, Mme White résidait à Battle-Creek, Michigan, de sorte que la communication lui fut envoyée par la poste. Peu de temps après, il reçut dans son courrier une longue enveloppe, et ses yeux tombèrent sur le nom de l’expéditrice : Mme E. G. White, Battle-Creek, Michigan.

« Mme White m’envoie un témoignage », se dit-il. Sa première réaction fut violente, et donnant suite à ses pensées, il ajouta : « Je n’en ai pas besoin. » Il tint un moment cette enveloppe dans la main, ne sachant pas trop ce qu’il devait en faire.

« Non, je ne le lirai pas », pensa-t-il, en mettant l’enveloppe dans sa poche. De retour à la maison, il avisa une malle qui était dans un coin, et immédiatement l’idée d’y glisser l’enveloppe sans l’ouvrir lui vint. Il referma la malle à clé, et pendant vingt-huit ans ce témoignage y demeura enfermé.

Etienne Smith continua de suivre la voie qu’il avait choisie ; je n’ai pas besoin d’en écrire le cours. Quelqu’un qui l’a bien connu a dit de lui : « Je n’ai jamais entendu personne qui, comme lui, pouvait parler de manière aussi méprisante, aussi diffamante et, pour la moindre des choses, employer le langage le plus vulgaire et le plus tranchant qui soit. » Il était particulièrement dur dans ses critiques envers Mme White et l’Esprit de prophétie. Sa femme qui resta fidèle au message, ainsi que ses enfants souffrirent beaucoup de cette attitude. C’est dans un tel état d’esprit et dans une telle attitude qu’Etienne Smith passa ce qui aurait pu être les meilleures années de sa vie.

Vingt-sept ans s’écoulèrent ainsi. Nous retrouvons Etienne Smith, cheveux blanchis et dos voûté, un jour dans son salon. Nous sommes en 1884. Sur la table de cette pièce se trouve un exemplaire de Review & Herald. Il le prend et, en tournant les pages, ses yeux tombent sur le nom d’Ellen G. White, auteur de l’un des articles. Il le lit et se dit en lui-même : « C’est la vérité. » La semaine suivante il lut un autre numéro de la Review, où se trouvait encore un article de la plume de Mme White, et se dit à nouveau : « C’est la vérité. »

Telle est l’impression que produit l’Esprit de prophétie, le moyen employé par le Seigneur pour parler à nos cœurs. N’est-ce pas la meilleure preuve que l’œuvre est de Dieu ?

Semaine après semaine Etienne Smith lut la Review. Ses paroles et son attitude commencèrent à se modifier. Sa femme et d’autres personnes remarquèrent ce changement. L’été qui suivit, en 1885, Eugène W. Farnsworth fut appelé à se rendre à son ancienne église de Washington, New Hampshire, pour y tenir des réunions de réveil. Il en fut des plus heureux. C’était son père, William Farnsworth qui, dans cette petite église, avait décidé en 1844 de prendre position à l’égard du Sabbat. Le bruit se répandit bientôt qu’Eugène Farnsworth viendrait tenir ces réunions. Etienne Smith, qui vivait maintenant à Unity, une vingtaine de kilomètres au nord, désira revoir Eugène et l’entendre prêcher. Il l’avait connu tout jeune et voulait se rendre compte de ce qu’il était devenu. Le vieil homme fit donc le trajet qui l’amena à Washington pour assister au culte du Sabbat matin. Le sujet choisi traita du Mouvement adventiste dans la prophétie.

Lorsque frère Farnsworth eut terminé son sermon, un cri d’appel retentit dans l’auditoire. C’était Etienne Smith qui désirait parler. Frère Farnsworth, craignant de l’entendre ridiculiser ce qu’il avait dit et critiquer tout ce qui se faisait, se demandait s’il devait le laisser prendre la parole. Mais, après réflexion, il se dit qu’il valait mieux peut-être laisser cet homme exprimer ses idées. Et voici ce que déclara Etienne Smith :

« Je ne voudrais pas, mes frères, vous faire peur, car je ne suis pas venu ici pour critiquer. J’ai abandonné cette habitude. » Puis il parla de son passé, de son opposition à l’organisation de l’Eglise. Il rappela son adhésion aux groupes qui combattaient notre œuvre. Il ajouta que, les uns après les autres, ils avaient disparu après avoir connu le désordre et la confusion.

« Les faits, dit-il, sont la seule chose qui compte. Or les faits, dans cette affaire, c’est que ceux qui ont combattu cette œuvre ne sont plus rien, tandis que les autres qui l’aiment ont prospéré. Tout le monde peut se rendre compte que Dieu est avec le Mouvement adventiste et contre ceux qui le combattent. Je désire me joindre à ce peuple et à cette Eglise. »

Cette confession publique amena Etienne Smith à examiner son expérience passée. Un jeudi, il se souvint de cette lettre jetée au fond d’une malle. Pour la première fois depuis vingt-huit ans, il voulut savoir ce que l’enveloppe contenait.

Il chercha la clé, et la main tremblante ouvrit le vieux coffre pour y prendre l’enveloppe. Il la décacheta, prit les feuilles qu’elle contenait et se mit à lire. Il y trouva une description de ce que sa vie aurait pu être s’il avait suivi le bon chemin. Puis il y avait un appel à se tourner vers le Seigneur.

Le Sabbat matin il revint à Washington ; il ne voulait pas manquer le culte. Frère Farnsworth, absolument ignorant de l’existence de ce témoignage, prêcha sur l’Esprit de prophétie, et il n’eut pas plutôt fini que le vieux Smith se leva de nouveau.

« J’ai reçu moi-même, dit-il, un témoignage il y a vingt-huit ans. Je l’ai mis dans une malle sans l’avoir lu, et ce n’est que jeudi dernier que j’en ai pris connaissance. » Il ajouta qu’il ne croyait pas alors à ce témoignage, bien qu’il n’en connût pas le premier mot. Il avait peur de le lire, craignant de devenir fou. « Mais, ajouta-t-il, je l’étais réellement. »

« Frères, chaque terme de ce témoignage est vrai et j’en suis arrivé à croire fermement à sa divine inspiration. Si j’avais tenu pour inspiré de Dieu ce message qui me parvînt, le cours de ma vie eu eût été changé et j’aurais été un autre homme.

« Tout honnête homme doit convenir que sœur White ne peut que le mener à Dieu et à sa Parole. Si cet homme n’est pas droit, il contestera ce fait. Si j’avais obéi de suite, je me serai épargné un monde de soucis. Les témoignages déclarent qu’après 1844, il n’y aura plus de date fixée pour le retour du Christ mais je pensais en savoir là-dessus au moins aussi long qu’une vieille femme – c’est ainsi que j’appelais sœur White ! Dieu puisse me pardonner ! Je dus, à mon grand dépit, apprendre que les visions de celle-ci étaient vraies. Et l’homme qui croyait tout savoir était dans l’absurde, car j’avais affirmé la date de 1854 et y avais sacrifié tout ce que je possédais ! Si j’avais respecté les témoignages, je me serais épargné cela et bien d’autres choses encore. Les témoignages sont vrais, justes et c’est moi qui suis dans l’erreur… »

Notre première réaction fut une grande joie de voir Etienne Smith, au soir de sa vie, revenir à de meilleurs sentiments et marcher dans la lumière. (Je suis heureux de vous dire qu’il a été fidèle jusqu’à la mort.) Mais songez à la situation. Voici une vieille malle, fermée à clé, où se trouve un message envoyé par Dieu pour sauver un homme, un message destiné à le guider dans la bonne voie et qui est négligé. Selon le propre témoignage d’Etienne Smith, s’il avait été lu et écouté, sa vie eût été utile, féconde et vécue sous le signe de la foi.

Lorsque je songe à notre expérience – la vôtre et la mienne – je me dis que nous avons sur les rayons de nos bibliothèques des livres de l’Esprit de prophétie – des livres remplis de conseils nous concernant. Qu’en faisons-nous ? Si nous ne les possédons pas encore, il serait si facile de nous les procurer ! Ces ouvrages peuvent nous aider à trouver une solution à nos problèmes. Ils contiennent la lumière dont nous avons tous besoin. On y trouverait difficilement une page qui ne referme pas un message pour nous. En vérité, nos noms n’y figurent pas, mais ils ne nous concernent pas moins. Ils nous donnent des directives et nous aident à vivre une vie chrétienne conséquente. Si nous les laissons sur les rayons de notre bibliothèque sans les lire, nous ne sommes pas moins coupables que le vieil Etienne Smith. – The Review & Herald, 6 août 1953.

Tiré du livre : Ellen G. White et le don de prophétie, Éditions Fides.